Utilitarisme et Orientation

Maman d’un élève de seconde, j’ai été confrontée en direct au choix de spécialités lié à la nouvelle réforme du lycée.  Je ne me sens pas compétente pour juger du bien-fondé de cette réforme.  Et même si je l’étais je ne vois pas l’intérêt de se positionner sur un élément avec lequel, quoi qu’il en soit, je dois « faire avec ».  Par contre, j’ai envie de partager avec vous ce que le système a donné à voir (et à vivre) à mon lycéen et à ses parents.

Face au choix de spécialités, aucun acteur du système (ni les professeurs, ni le CPE, ni les différents médias spécialisés dans l’orientation) n’ont posé à mon fils la question de ses intérêts, de ses appétences, de son goût pour l’apprentissage.  Au contraire, les deux voies qui étaient proposées pour qu’il puisse faire son choix étaient fondées sur l’utilité.  Une utilité à court-terme « quelles sont les matières qui te permettront d’avoir le meilleur dossier possible ? » ou une utilité à plus long-terme « quelles sont les matières qui te permettront d’intégrer les écoles que tu vises ? ».  Bien entendu, ces questions sont utiles.  J’ai même été agréablement surprise par l’ouverture et le côté soutenant de certains de nos interlocuteurs.  Néanmoins, un message insidieux me semble être transmis par ces deux voies .

Dans un monde où de nombreux adultes regrettent le manque de « curiosité » des jeunes, leur reprochant de ne pas s’intéresser à des nouvelles cultures, de nouvelles informations.  Dans une société où il est régulièrement affiché le regret que les jeunes ne lisent pas, ne regardent pas les informations, ne s’instruisent pas en dehors de l’école.  La seule ligne de réflexion qu’on leur propose est de s’intéresser aux matières qui leur seront « utiles ».  Une nouvelle incohérence me direz vous ? Oui mais celle-ci me semble de taille.  Alors que le lycée tente d’être non seulement un lieu d’instruction mais également de culture (tout au moins c’est comme cela qu’on peut interpréter les nouvelles spécialités de langues, littératures et cultures étrangères par exemple ou la philosophie pour tous les lycéens en Terminale, et de nombreux autres exemples ), le système qui donne à voir la « valeur » des cours ne favorise que les cours « utiles ».  Les professeurs de Philo vont encore râler, c’est sûr (et ils auront raison !). 

Je rêve d’un monde où on pousse à la curiosité, à l’intérêt, à la découverte des cultures, des musées, de la rencontre avec l’autre.  Je rêve d’un monde où l’apprentissage est vu comme joyeux et se suffisant à lui seul en termes d’intérêt.  Et comme je rêve à ce monde là, je le prônerai à mes enfants et mes amis ; et j’y ferai réfléchir mes clients.  Quelles matières avez-vous envie de découvrir ? Si vous pouviez prendre toutes les matières (sans limite de temps et sans crainte des devoirs), sur quels cours se porteraient vos choix ? Avant même de voir quel est l’utilité ou le coefficient de chaque matière, où vous porte votre cœur ?

Parce qu’apprendre est beau en soi, ne bridons pas trop nos apprenants et éveillons leur curiosité !