Nos méthodes de coaching doivent-elles se réinventer ? (1) Nos questions

A l’heure des marches pour le climat, des épisodes répétés menés par les gilets jaunes, d’une participation inédite aux européennes, nos méthodes de coaching doivent elles se renouveler ? La question vous paraît saugrenue , vous ne voyez pas le rapport ? Je vous propose trois points de vue sur ce sujet, 1 par mois jusqu’à l’été. Et nous commençons par le point de vue de nos questions (thématique qui a eu beaucoup de succès sur notre blog).

Pourquoi des évènements sociétaux globaux auraient-ils une influence sur le type de questions que nous posons en coaching ? Laissez-moi mettre en perspective notre métier de coach. Quand on demande les caractéristiques d’une question de coaching, et même si cela se révèle un peu généralisant, on donne régulièrement trois caractéristiques : (1) c’est une question ouverte (2) c’est une question positive (3) c’est une question qui ouvre la réflexion du client sur un champ inexploré. Je reviendrai sur ce dernier point dans la newsletter de juillet mais j’aimerais que nous nous attardions sur les deux premiers points.

Poser des questions ouvertes et positives amène assez naturellement sur l’idée d’un monde ouvert où les solutions sont multiples et où il n’y a qu’à choisir … Bien entendu, nos clients se sentent parfois « coincés » et ne voient pas toujours le champ possible mais le présupposé est pour autant bien présent.

Pourtant, les évènements sociétaux que je viens d’évoquer sont tous liés à une pénurie et un affaissement des ressources disponibles (que ça soit au niveau individuel ou collectif). Nos questions ouvertes et positives vont donc parfois à l’encontre de l’ambiance globale et des convictions dans lesquelles nos clients évoluent …. C’est une bonne chose, allez vous me dire ? Oui peut-être (très certainement même) dans certains cas mais pas toujours.

Dans l’alliance avec notre client, si celui-ci navigue plutôt dans des sphères de restriction et d’impossibilités, nos techniques d’ouverture et d’abondance peuvent nous éloigner et donner à penser qu’on ne peut pas l’écouter là où il se trouve. Imaginez un client qui suit de pris (activement ou moins) les interventions des gilets jaunes et est convaincu que leurs actions sont légitimes et positives. L’aborderez vous en lui demandant de décrire tous les possibles et comment ses rêves vont se réaliser ? Cela lui paraîtra sans doute un peu saugrenu et utopiste comme approche …

Dans le travail de l’ouverture du champ des possibles aussi, nos questions sont peut-être à enrichir d’un abord plus négatif. Imaginez un instant que vous êtes persuadé que le marché du travail est complètement saturé et que les vraies postes intéressants sont très difficiles d’accès et présentent peu de sécurité. Comment ressentiriez vous des questions du type « Qu’aimeriez-vous trouver dans votre job rêvé ? » … Vous auriez sans doute l’impression que le coach vous emmène tellement loin de la réalité que tout ce qui sortira de cet entretien s’apparentera à une conversation avec Morphée.

Cela vaut-il injonction d’abandonner toute question ouverte et positive ? Très certainement pas, elles fondent la philosophie du coaching. Par contre, cela nous demande peut-être d’enrichir notre registre de questions et d’exercices d’explorations en pays plus sombre. Je nous invite donc collectivement à équilibrer nos questions, osons tout à la fois
– « Qu’aimeriez vous trouver dans un métier idéal ? » et «Que redoutez-vous le plus quand vous pensez à votre futur métier ? »
– « Comment visualisez vous votre vie future rêvée ? » et « Quel est le scénario catastrophe le pire que vous envisagez dans le futur ? »
– « Comment votre carrière va évoluer positivement ? « et « Que pourrait-il arriver de grave à votre carrière qui ne dépend pas de vos actions ? »

C’est bien parce que nous osons nous confronter aux peurs (celles de nos clients comme les nôtres) que nous pouvons faire avancer nos clients vers leurs objectifs, conscients de ce qu’ils veulent mais également de ce qu’ils ne veulent pas; au clair avec leurs envies et avec leurs craintes.

C’est bien parce qu’on envisage les choses les plus délicates et les plus noires que l’on peut apprécier la lumière et se diriger vers elle.