Faire des aléas de ParcourSup une belle opportunité

Depuis la rentrée de septembre, un nouveau type de clients se pousse à nos portes : « les angoissés de ParcourSup ».  Loin de moi l’idée de me moquer de ces adultes (jeunes ou parents) qui en ce début d’année de Terminale craignent le désillusion d’une non-affectation.  Ce qu’ont vécu plusieurs milliers de bacheliers cet été est individuellement insupportable.  Cependant, il semblerait que dans l’imaginaire de certains parents, toute la difficulté de bien s’orienter aujourd’hui réside dans le fait de bien comprendre l’algorithme de ParcourSup pour s’y conformer au maximum.
En tant que coach, deux tactiques peuvent nous attirer dans cette situation :
– rappeler que l’important (le vrai, l’essentiel), n’est pas l’affectation l’an prochain mais bien le projet à long terme … et passer à autre chose;
– faire de cette difficulté anticipée une occasion unique d’un apprentissage plus grand.
Le métier de coach est celui des questions, de l’inattendu, du point de vue différent.  Si on se rappelle ceci, il est tout naturel de « recadrer » la vision anxieuse de ParcourSuppour en faire un apprentissage dans l’ici et maintenant d’une position de vie plus large.
Présenter un dossier et ne pas connaître les règles du jeu qui vont déterminer si celui-ci est retenu ou non est une allégorie assez simpliste de ce que le jeune va rencontrer dans l’ensemble de son parcours professionnel – voire plus largement de son parcours de vie.
Vais-je rencontrer l’homme/la femme de ma vie dans la soirée auquel je me rends? Ça dépendra de mon attitude mais également des autres invités, de la présence conjointe de Pierre, Erwan, Anna ou Narjis, du fait qu’il/elle aime ou non le vert du vêtement que j’ai choisi pour la soirée.  Mon CV va-t-il être retenu pour le poste auquel je postule, en premier emploi, à 30-40 ou 50 ans ? Cela dépendra de mes compétences, de mon expérience mais également des autres postulants, de l’avis du RH sur l’école que j’ai suivie ou sur ce qu’il se souvient de la ville de Saint-Malo où j’ai habité quand j’étais enfant.  Cela dépendra également de la matinée que mon potentiel supérieur aura passé avant notre rencontre ou de l’humeur de sa fille la veille au soir durant le repas.  En somme, notre trajectoire de vie toute entière dépend en partie de nous … mais seulement en partie.  Et si ça peut paraître injuste, c’est pour autant inéluctable.
On peut regretter le processus de ParcourSup ou se dire que ça fonctionne déjà pas mal pour un grand pourcentage de bachelier, ici n’est pas le propos et je me garderais bien d’avoir un quelconque avis.  Par contre, je vois dans ce passage obligé une jolie opportunité de faire travailler mes jeunes clients sur la manière dont ils se confrontent à l’imprévu et dont ils affrontent ce qu’ils jugent comme arbitraire.
Très bien, mais cela veut il dire qu’il suffit de dire à nos clients « Indiquez vos choix sur ParcourSup et mettez un cierge à l’église du coin, on verra bien ce que ça donne ? » Je vous le concède, cela ne sonne pas trop « coach ».  Je vous propose quelque chose de plus accueillant et plus confrontant à la fois.
Lors de l’évocation de ParcourSup, comme de toute autre crainte d’ailleurs, faisons travailler nos client sur leur crainte, la vraie, celle qui leur tord les tripes. Accueillons cette émotion plutôt que de la mettre sous le tapis, et osons la nommer et l’expliciter.  Accueillir ses craintes est déjà, en soi, un apprentissage important et il serait dommage de ne pas modéliser ceci durant nos accompagnements.
Par ailleurs, le parcours ne sera pas le même pour quelqu’un dont la peur est d’avoir une affectation loin de son cocon familial que pour quelqu’un qui a peur de n’avoir pas un joli marche-pied pour une école d’ingénieur, quitte à délaisser la maison pour 2 ou 3 ans.  L’enjeu (et la stratégie) n’est pas le même si le projet professionnel est très clair ou si il permet quelques latitudes, si le jeune a des idées pour une année de césure ou si il veut finir son parcours scolaire au plus vite.
Comme vous l’imaginez, ouvrir ces questions, c’est déjà déplier les critères de choix du jeune et les critères d’acceptation de projet des parents.  Questionner la crainte cachée derrière le processus de sélection, c’est déjà réfléchir aux stratégies naturelles du jeune face à une difficulté.  En somme, se préparer à ParcourSup, c’est déjà déterminer la position générale que l’on veut avoir face à sa vie.  Vais-je faire mes choix comme dans une tour d’ivoire et maudire le monde si mes choix ne sont pas réalisés au mois de septembre prochain ? Vais-je ouvrir mes choix et les assortir de voies « hors ParcourSup » pour prendre 100% de ma responsabilité et me donner toutes les chances d’obtenir une place enviable dès la rentrée prochaine ? C’est une attitude de vie qui peut se jouer devant nos yeux à ce carrefour de l’orientation.
Bien entendu, il y a de nombreuses personnes déçues par ParcourSup qui avaient ouverts leurs choix et que le processus a déçu … mais nombreux aussi sont ceux qui auraient pu bénéficier de ce premier vrai choix impactant pour trouver une position d’acteur de leur vie qui sait anticiper les difficultés et se montrer habile et subtil face aux contraintes.
Préparons nos jeunes clients à un monde de changement qui nous attend … aidons les à faire de ParcourSup une expérience de vie et un apprentissage puissant.  Aidons les à prendre conscience de leur travers face à l’incertitude pour qu’ils puissent s’appuyer toute leur vie sur cette prise de conscience et sur la fierté de ce qu’ils en auront fait.
Cathy